Supply chaine de Nutella: du noisetier au petit déjeuner

Un pot de Nutella posé sur la table paraît être un produit assez simple. Pourtant, avant d'arriver dans un supermarché français, ses ingrédients ont parcouru une chaîne d'approvisionnement qui s'étend sur plusieurs continents.

Noisettes de Turquie ou du Chili, cacao d'Afrique de l'Ouest, huile de palme d'Asie du Sud-Est : derrière la pâte à tartiner se cache une véritable supply chain mondiale.

Sept ingrédients, plusieurs continents

La recette commercialisée en France repose sur sept ingrédients : sucre, huile de palme, noisettes (13 %), lait écrémé en poudre (8,7 %), cacao maigre (7,4 %), lécithines de soja et vanilline.

Mais tous ne poussent évidemment pas au même endroit.

Les noisettes viennent principalement de Turquie, d'Italie, du Chili et des États-Unis. La Turquie occupe une place particulièrement importante : Ferrero indique que la majeure partie de ses noisettes provient de la région de la mer Noire. Le recours à plusieurs régions du monde permet également de bénéficier de calendriers de récolte différents : août-septembre dans l'hémisphère Nord et février-mars dans certaines zones de l'hémisphère Sud.

Le cacao suit une autre route. Celui utilisé pour Nutella provient principalement de Côte d'Ivoire et du Ghana. Ferrero achète des fèves et réalise lui-même plusieurs opérations de transformation : séchage et décorticage, torréfaction, broyage, pressage puis production de la poudre de cacao.

L'huile de palme voyage, elle, principalement depuis la Malaisie, qui représente selon Nutella environ 80 % de ses volumes en moyenne, puis depuis l'Indonésie.

Autrement dit, bien avant que les ingrédients ne se rencontrent dans une usine Ferrero, leurs chemins sont déjà très différents.

La noisette subit une véritable transformation

La noisette illustre particulièrement bien le fonctionnement de cette chaîne.

Elle n'arrive pas dans l'usine sous forme de pâte. Les noisettes sont réceptionnées crues, décortiquées et calibrées. Ferrero procède alors à des contrôles portant notamment sur leur qualité, leur saveur et leur arôme.

Elles sont ensuite torréfiées. Cette opération est loin d'être standardisée : les paramètres sont adaptés à l'origine, à l'humidité et à la taille des fruits. Après torréfaction, les noisettes sont finement broyées pour devenir une pâte.

Cette pâte est rapidement mélangée aux autres ingrédients afin de préserver son arôme.

Le parcours peut ainsi être résumé :

verger → récolte → collecte → tri → transport → usine → contrôle → torréfaction → broyage → pâte de noisettes → mélange.

Le cacao possède sa propre chaîne industrielle

Le cacao suit encore un autre parcours.

Après récolte, les fèves passent notamment par une phase de fermentation qui participe au développement de leurs arômes. Elles sont ensuite séchées. Ferrero indique acheter des fèves crues, puis effectuer dans ses propres usines la transformation permettant d'obtenir la poudre entrant dans Nutella.

Les fèves sont décortiquées, torréfiées puis broyées pour obtenir une masse de cacao. Celle-ci est pressée afin de séparer le beurre de cacao de la matière sèche. Cette dernière est ensuite broyée pour produire la poudre utilisée dans la recette.

La chaîne du cacao est donc déjà une petite industrie avant même la fabrication de la pâte à tartiner.

L'huile de palme : une chaîne particulièrement surveillée

L'huile de palme constitue probablement l'ingrédient dont la chaîne d'approvisionnement est la plus controversée en raison des enjeux liés notamment à la déforestation.

Ferrero affirme utiliser pour Nutella une huile de palme 100 % certifiée RSPO ségrégée. Dans ce système, l'huile provenant de plantations certifiées est maintenue séparée de l'huile conventionnelle au cours de la chaîne d'approvisionnement. L'entreprise indique également pouvoir la tracer jusqu'aux moulins.

Il faut néanmoins bien distinguer deux choses : ce sont des caractéristiques et engagements déclarés par Ferrero et associés au dispositif de certification RSPO ; ils ne signifient pas que l'ensemble de la filière mondiale de l'huile de palme fonctionne de cette façon.

Quand toutes les routes convergent vers l'usine

C'est finalement dans les sites industriels que ces chaînes mondiales convergent.

Sucre, huile de palme, pâte de noisettes, lait écrémé en poudre, cacao, lécithines de soja et vanilline sont réunis pour produire la pâte homogène que connaît le consommateur. Ferrero indique appliquer des standards de qualité communs à ses différents sites de production.

La supply chain change alors de nature. Jusqu'ici, il fallait faire venir des matières premières vers l'usine. Désormais, il faut faire partir des produits finis vers les consommateurs.

Le Nutella est conditionné dans ses pots, étiqueté, regroupé en cartons puis sur palettes. Commence ensuite la logistique de distribution vers les entrepôts et les différents circuits commerciaux.

On passe ainsi d'une supply chain agricole et industrielle mondiale à une logistique beaucoup plus classique de produit de grande consommation.

La traçabilité, l'autre défi de la supply chain

Une chaîne aussi longue pose une question essentielle : peut-on savoir précisément d'où vient chaque matière première ?

La réponse varie selon les filières.

Pour les noisettes, Ferrero déclare viser une traçabilité permettant de remonter jusqu'à l'exploitation agricole ou à un groupe d'exploitations. L'entreprise reconnaît toutefois que cet objectif est plus difficile à atteindre dans certains pays où les chaînes d'approvisionnement sont complexes ; elle indique par exemple avoir atteint une traçabilité complète au Chili et aux États-Unis.

Pour le cacao, Ferrero affirme que tout le cacao acheté pour Nutella provient d'exploitations certifiées Rainforest Alliance.

Pour l'huile de palme, la logique est encore différente avec le système RSPO ségrégé et la traçabilité annoncée jusqu'aux moulins.

Il n'existe donc pas une traçabilité Nutella unique : chaque ingrédient possède sa propre filière, ses intermédiaires, ses dispositifs de contrôle et ses difficultés.

Un pot qui résume la mondialisation

C'est sans doute ce qui rend la supply chain de Nutella intéressante à observer.

Un objet banal acheté en quelques secondes dans un supermarché est en réalité le point d'arrivée de plusieurs chaînes parallèles. Des agriculteurs produisent les matières premières ; celles-ci sont collectées, contrôlées et parfois transformées ; elles voyagent jusqu'aux sites industriels ; les ingrédients sont assemblés ; le produit est conditionné ; puis une seconde infrastructure logistique prend le relais pour l'amener jusqu'au distributeur.

Le petit pot posé sur une table française relie ainsi indirectement des vergers de noisettes turcs, italiens, chiliens ou américains, des plantations de cacao ivoiriennes et ghanéennes et des palmeraies d'Asie du Sud-Est.

C'est une bonne illustration de ce qu'est réellement une supply chain moderne : non pas une ligne droite entre une usine et un magasin, mais un réseau mondial de producteurs, fournisseurs, transformateurs, industriels et logisticiens qui doivent parvenir à livrer, au bout de la chaîne, un produit identique et disponible à grande échelle.

Sources

Informations vérifiées à partir des sources officielles Nutella et Ferrero :

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