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Green Interview: Emilie, l’ecologie à tout prix !

Propos recueillis par Anne-Sophie Luguet-Saboulard

Regard bleu profond, visage d’ange et charisme naturel… Emilie Barrucand est une femme à part. De celle qu’on n’oublie pas ! Cette brillante ethnologue et jeune maman de 29 ans, s’investie auprès des Indiens Kayapo. Spécialiste de leurs modes de vie, elle va jusqu’à partager sa vie entre France et Amazonie. Rencontre avec une amazone engagée.

Émilie, vous vivez entre le sud de la France et le village de Raoni en Amazonie, pourquoi ?
Je passe la moitié de l’année en Amazonie auprès des peuples autochtones depuis 10 ans.
Je mène des projets avec mon association Wayanga dont l’objectif est la préservation de la culture et des terres des Indiens kayapo dont le chef est Raoni. Mon plus gros projet a pris des années, c’est une collection de CD regroupant plus de 30 heures d´enregistrements de chants, mythes, registres de langue, pleurs cérémoniels… identifiés avec eux comme étant en voix d´oubli. Grâce à cela, ils pourront réorganiser certaines cérémonies oubliées au lieu de les voir disparaître après le décès des anciens.

Quelles autres actions menez-vous pour eux ?
Depuis 3 ans, je continue sur place la rédaction – à sa demande – des mémoires du chef Raoni. Un travail colossal sous la forme d’un livre écrit en langue kayapo par des jeunes indiens ayant suivi une formation pour apprendre à écrire leur langue suivant les règles définies récemment par des linguistes. Les kayapo sont de culture orale, grâce a cet ouvrage, ils conserveront une partie de leur patrimoine immatériel, les valeurs de respect de l’environnement et de gestion durable sur lesquelles se fondent leur mode de vie. Nous avons équipé l’année dernière ces jeunes de matériel informatique pour qu’ils puissent se charger de la rédaction du livre. Je travaille sur d’autres projets élaborés à la demande des Indiens, avec et par eux, en total respect de leur mode de vie, de leurs coutumes et de leur habitat. Rien ne leur est imposé.

Vous emmenez avec vous votre fils de 5 mois, comment cela se passe ?
C’est formidable de le voir s’éveiller non pas avec des jouets ou des mobiles musicaux mais en écoutant les chants des perroquets, les gouttes de pluie sur les toits de palme, les concerts de grenouilles et les bruits étranges qui animent les nuits amazoniennes… Là-bas, nous dormons dans la maison de Raoni. Les femmes kayapo parent son petit corps des peintures destinées aux nouveaux-nés, en copiant les motifs que l’on trouve sur les peaux d’animaux, signe de sa socialisation et pour le protéger des mauvais esprits. Elles lui ont confectionné des parures de perles traditionnelles: petits brassards, bracelets de pieds et de poignets miniatures identiques à ceux des bébés kayapo. Trois fois par jour, pour se rafraîchir et se détendre, nous allons nous baigner avec les femmes et leurs enfants, dans un petit ruisseau en pleine jungle.

Votre fils a un prénom peu commun ?
Mon fils s’appelle Rinchèn en l’honneur de son parrain, le vénérable Mogchok Rinpoché, un grand lama tibétain. Son deuxième prénom Ropni est le vrai prénom du chef Raoni qui le considère comme son petit-fils. C’est pour cela qu’il a eu le privilège de recevoir ce prénom, car ces derniers sont soit transmis par les « kwatyj » (tantes ou grands-mères) pour les filles ou par les « Niniet » (oncles ou grands-pères) pour les garçons. Dans le village, les Indiens kayapo lui ont aussi transmis d’autres prénoms, une manière de montrer qu’il appartient à une famille précise.

Avez-vous eu une grossesse bio ?
Je suis révoltée à l’idée qu’un petit être, innocent et fragile, puisse être contaminé alors qu’il n’est même pas né. J’ai fait mon possible pour le protéger de moi-même et de mes habitudes par une alimentation, des cosmétiques et des produits totalement bio. J’ai banni les récipients en plastique, en téflon et aluminium pour le verre et l’inox. J’ai pris des compléments alimentaires bio pour renforcer ses défenses immunitaires: gelée royale, pollen, probiotiques et agrémenté mes plats d’algues marines, de germe de blé et de graines riches en vitamines et en sels minéraux (graines de lin, de sésame, noix du Brésil…). Je suis heureuse d’avoir fait mon possible pour le protéger des pollutions dès ses premiers battements de cœur.

Comment soignez-vous bébé ?
Je l’allaite à la demande de jour comme de nuit car il dort avec moi depuis sa naissance. Je mange bio pour que mon lait le soit. Il mange depuis peu des purées et des compotes qui sont entièrement bio. J’ai la chance d’avoir un bébé joyeux et doté d’une très bonne santé. Il n’est jamais tombé malade. Sa pédiatre est homéopathe. Après maintes réflexions, concertations avec différents pédiatres, non sans peur de possibles effets secondaires, je lui ai fait faire le stricte minimum des vaccins le prévenar et le pentavac pour partir en Amazonie. Sur place, il est arrivé qu’il ait quelques petites diarrhées sans gravité. Un chaman l’a soigné. Par contre, je n’ai trouvé aucun répulsif anti-moustiques : les non-bio sont trop toxiques et les bio contiennent des huiles essentielles non recommandées pour les bébés de moins d’un an.

Quand vous rentrez en France où se situe votre havre de paix ?
J’ai longtemps vécu à Paris. A chacun de mes retours d’Amazonie, la froideur et le stress des gens et le manque de nature m’apparaissaient de plus en plus inhumains. J’avais un besoin vital de nature tout en ayant peur de mettre un frein à mes projets en déménageant en province. J’ai trouvé le bon compromis: Marseille. A 3h de train de Paris, je peux m’y rendre pour mon travail, pour des rendez-vous importants. Les gens y sont plus gais, il fait beau, la mer et la forêt sont à côté. On se ressource facilement. J’adore voir et entendre les mouettes et les goélands survoler la ville, entendre les cigales prendre possession des lieux en été.

Association d’idées : si je vous dis « écologie », quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit ?
Vivre tout respectant l’environnement, tout ce qui nous entoure.

Un monde green : ce serait quoi pour vous?

Plus un seul immeuble. Les gens vivraient dans des maisons avec jardins. On se déplacerait à vélo pour les courtes distances et sinon dans des véhicules non polluants à moteurs électriques. Les gens auraient moins d’heures de travail, passeraient moins de temps au bureau et pourraient voir davantage grandir leurs enfants, s’adonner à des activités de détentes (méditations, balades, activités artistiques…), cultiver leurs potagers. L’individualisme et le matérialisme seraient délaissés pour la simplicité et la solidarité, ce qui ralentirait la consommation et la destruction de l’environnement.

Le renoncement : la conscience écologique induit souvent qu’on renonce à certains plaisirs ou certaines habitudes, pensez-vous que ce soit possible ?

Lorsque l’on est habitué à un certain confort, on pense qu’il n’est pas possible de vivre heureux sans. Même réduire ses possessions, ses habitudes semblent devoir entraîner automatiquement un manque et une moins bonne qualité de vie. Mais celui qui décide de renoncer, devient moins dépendant aux choses et aux habitudes qui l’aliénaient sans s’en rendre compte. En renonçant à certains conforts, il se sent ensuite plus libre et plus serein de savoir qu’il participe au respect de l’environnement et de la vie. Comme un fumeur qui s’imaginait ne plus pouvoir vivre sans une cigarette, une fois sevré, il se sent plus sain, plus libre.

Déclic green: quel a été le déclencheur pour vous?
Enfant, des photos, des images à la télé ont créé une fascination en moi pour les peuples autochtones et pour la forêt. J’étais touchée par les problèmes que rencontraient ces peuples et par la déforestation. Je souhaitais m’engager pour leur défense.

L’écologie et vous: quel est le geste écologique dont vous êtes la plus fière ?
Je n’utilise que des produits détergents écologiques. Je ne circule qu’à pied et avec un porte-bébé ou une poussette ou à vélo.

J’aimerais être davantage écolo mais… Votre principal défaut écolo?
J’aimerais mieux trier mes poubelles.

Écologie énervante: dans l’utilisation du terme écologie, ce qui vous agace ?
Certains marketent « l’écologie ». Elle est devenue pour eux un business choisi car tendance.
Si ce business est propre, participe à la préservation de l’environnement et est sincère c’est bien…mais lorsque les discours semblent ne plus coïncider avec les motivations, les citoyens se sentent trompés et se détournent de l’écologie.

Le consommateur citoyen: finalement, dans tout ça, quel rôle doit-il jouer?
Quelque soit notre âge, notre sexe et notre nationalité, nous sommes tous acteurs. Nous pouvons tous participer à la préservation de l’environnement et de la planète en faisant chez soi attention à économiser l’eau et l’électricité, en ne jetant pas de détritus dans la nature, en utilisant le plus possible des produits recyclables et non polluants. Pa r exemple, des récipients en verre réutilisable à la place du plastique jetable et néfaste pour la santé…
En faisant des choix raisonnés comme opter pour la marche ou les transports en communs lorsque la voiture n’est pas obligatoire. Et puis, il est aussi possible de s’engager au sein d’associations, dans des projets visant à protéger l’environnement.

Politique green : si vous étiez élu présidente, quelles mesures écologiques prendriez-vous?
Un gros budget serait destiné au biologique afin que tous les secteurs (alimentation, textile….) délaissent leurs activités polluantes et leurs produits pour une activité industrielle écologique et une production complètement biologique. Toutes les écoles, les crèches auraient des cantines bio et seraient en matériaux écologiques (peintures, énergie renouvelable…). J’obligerai tous les constructeurs de voitures à adopter des moteurs électriques et je rajouterai plus de pistes cyclables en ville. J’imposerai des sacs biodégradables dans tous les commerces et des produits sans emballage.

Éducation écologique: comment transmettre le message aux enfants?

Leur faire côtoyer tout petit la nature, les animaux, les fleurs. Qu’ils puissent les aimer et ressentir le bien-être que cet univers peut leur procurer. Les sensibiliser en douceur, en leur expliquant qu’ils peuvent eux-mêmes participer à la protection de ce patrimoine. Leur proposer de s’investir en témoignant par des dessins, des poèmes. En leur faisant adopter des gestes « écolo » primordiaux comme ne pas jeter ses papiers par terre, éteindre la lumière, économiser l’eau… J’espère que mon fils m’écoutera ! Il est urgent que toutes les écoles et centres d’animations adoptent des programmes visant à ouvrir les enfants à ces valeurs et ces habitudes. Ce n’est pas une mode mais un impératif.

Les messagers de l’écologie : pouvez-vous me citer des œuvres qui vous évoquent le respect de la nature?
Le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot. Je regrette que son film ait été parfois critiqué car je l’ai trouvé beau, sincère et percutant et aussi les ouvrages de Pierre Rabhi.

Vos résolutions « green » pour l’avenir?
Trouver davantage de soutiens financiers, politiques et de personnalités pour permettre aux peuples autochtones de mieux défendre leurs terres, leurs cultures et leurs droits.

Le coup de cœur d’Emile Barrucand : la poubelle de tri

Le site de son association: Wayanga

Posté par Green Zélia le 22 novembre 2010
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2 commentaires

  1. Pingback: Green Interview: Emilie, l’ecologie à tout prix ! « Wayanga

  2. ortion pierre | le 11 avril 2012

    j’ai fais un petit morçeau de musique avec un petit texte sur les images et les écris que j’ai vu sur la situation grave conçernant le barrage bello monte, ce n’est qu’un premier jet (brouillon fais à la maison) mais je voudrais néamoins vous le soumettre ,mais comment envoyer un fichier audio à l’association Wayanga?pouvez vous me l’indiquer?

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